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Syngué Sabour : Pierre de patience | A. RAHIMI (2008)

"La chambre est petite. Rectangulaire. Elle est étouffante malgré ses murs clairs, couleur cyan, et ses rideaux aux motifs d'oiseaux migrateurs figés dans leur élan sur un ciel jaune et bleu. Troués çà et là, ils laissent pénétrer les rayons du soleil pour finir sur les rayures éteintes d'un kilim. Au fond de la chambre, il y a un autre rideau. Vert. Sans motif aucun. Il cache une porte condamnée. Ou un débarras."

Ainsi s'ouvre le huis-clos : des rideaux s'entrouvrent, un homme d'abord, allongé, immobile, et puis une femme. Dehors : la guerre. Deux respirations. La femme est assise, elle parle au corps inerte, allongé à même le sol sur un matelas rouge. Elle écoute ses respirations, les compte, elle le soigne, le lave, et puis elle prie, beaucoup, toute la journée, comme on lui a demandé. Peu à peu, au fil des souffles, incitée par ce silence et cette immobilité, elle s'adresse à cet homme, son mari, heurté par la guerre. Bientôt, c'est un déluge de phrases qui s'abattra sur cet homme, toutes les phrases trop longtemps contenues déversées sur un corps inerte.
Véritable cri de détresse et libération d'une femme par la parole, revanche des mots sur un corps diminué, Syngué Sabour transforme l'expérience de la lecture en une longue apnée en parvenant à insérer son lectorat dans cette chambre : la véritable Syngué Sabour, cette pierre qui recueille tous les secrets jusqu'à exploser, c'est nous. C'est celui ou celle jusqu'à qui parviennent ces mots.

"Parce que désormais je possède ton corps, et toi mes secrets. Tu es là pour moi. Je ne sais pas si tu peux voir ou pas, mais d'une chose je suis sûre et certaine, tu peux m'entendre, tu peux me comprendre. Et c'est pour ça que tu es en vie. Oui, tu es en vie pour mes secrets." 

Prix Goncourt 2008, ce roman est aussi cinématographique que théâtral, aussi romancé que poétique, aussi haletant que léthargique. Le corps y est omniprésent, à travers celui de la femme, vivant, qui se souvient, s'offre et se déverse, mais aussi à travers celui de l'homme, dont le corps immobile et silencieux devient justement le point de départ d'une avalanche de mots. Atiq Rahimi parvient avec une immense justesse à mettre face à face l'épaisseur d'un silence, d'une respiration, d'une patience au brouhaha de la guerre, des secrets qui jaillissent, de l'impatience ; chaque mot devient opportun. Une mouche, une araignée. Le vent dans les rideaux troués. Le jardin, la porte, les couleurs, les souffles. 

"Le matin.
Il pleut. 
Il pleut sur la ville et ses ruines. 
Il pleut sur les corps et leurs plaies."

Syngué Sabour - Golstifteh Farahani | Copyright Golem

Photo : Golshifteh Farahani | Copyright Golem | Syngué Sabour (2013)

J'y ai aimé chaque phrase. Ayant vu le film il y a quelques années déjà, ne me restaient que des couleurs et des silences : je me souviens du jaune, du vert des rideaux, d'une lumière pourpre, d'un jardin vert. De crépuscules. J'y ai aimé l'omniprésence des corps, j'y ai aimé cette femme puissante. J'y ai savouré la revanche de celle sur qui les hommes ont trop longtemps eu le pouvoir. La guerre dehors, la guerre dedans : le danger est parfois davantage dans les maisons que dans les rues. J'y ai contemplé la puissance des mots, la puissance de la parole, j'ai dégusté cette vengeance du corps.

"Les hommes comme lui ont peur des putes. Et tu sais pourquoi ? Je vais te le dire, ma syngué sabour : en baisant une pute, vous ne dominez plus son corps. Vous êtes dans l'échange. Vous lui donnez de l'argent, elle vous donne du plaisir. Et je peux te le dire, souvent c'est elle qui vous domine. C'est elle qui vous baise."

Syngué Sabour : Pierre de patience - Atiq RAHIMI (2008)
Édition P.O.L (2011), 155 pages, 15€


L'Archipel d'une autre vie | A. MAKINE (2016)

"A partir de ce jour-là, un éloignement, plus mental que physique, allait faire évanouir le monde où les hommes se haïssaient tant, le monde de Louskass, de Ratinski, le monde de l'abri numéro dix-neuf. Un matin, en reprenant ma marche, je me rappelai les coups que j'avais reçus au visage et, très clairement, je compris qu'il n'y avait plus, en moi, aucune envie de vengeance, aucune haine, et même pas la tentation orgueilleuse de pardonner. Il y avait juste le silence ensoleillé de la rive que je longeais, la transparence lumineuse du ciel et le très léger tintement des feuilles qui, saisies par le gel, quittaient les branches et se posaient sur le givre du sol avec cette brève sonorité de cristal. Oui, juste la décantation suprême du silence et de la lumière."

L'Archipel d'une autre vie

C'est un roman du bout du monde, aux confins d'une terre recouverte par la neige, là où le froid, le silence, les arbres et les pas sur la neige construisent une nature trop immense, impénétrable, indomptable. C'est le roman d'une traque qui devient quête, c'est le roman d'une guerre froide s'immiscant jusqu'aux orteils du monde, le roman d'un "je" aux nombreux points d'interrogation, le roman d'une taïga qui devient personnage à part entière, silencieuse et attentive, protectrice et dangereuse. 

Tout s'orchestre par les rencontres et les récits éclairés au feu de bois qui en naissent. Le jeune narrateur, étudiant géomètre, est envoyé en stage à Nikolaievsk, en Sibérie orientale ; alors qu'il traverse un bout de taïga pour rejoindre le village, il aperçoit une silhouette, qu'il entreprend de suivre. Cette silhouette s'avère seulement bien plus maline que lui, et, alors qu'il pense observer l'homme en secret, il s'aperçoit que c'est plutôt ce dernier qui l'observe. Cette première rencontre sera celle du récit d'une autre traque, celle de Pavel, envoyé avec quatre militaires dans la forêt sibérienne à la recherche d'un évadé du camp de prisonnier pour qui Pavel se prendra d'une certaine compassion, tiraillé entre la peur de lui-même (le devoir politique, la morale qu'il s'impose, son "pantin intérieur") et l'idéal d'une vie essentielle : "Y vivre, tout simplement".

"Le pantin implanté dans nos cerveaux, rendait chimérique toute idée d’améliorer l’humanité. Les grands médecins de l’âme espéraient extraire ce vibrion qui nous poussait à haïr, à mentir, à tuer. Mais sans lui, le monde n’aurait pas eu d’histoire, ni de guerres, ni de grands hommes."

Tout commence par une traque, celle d'un crâne rasé qui sans cesse se joue de leur méconnaissance de la taïga : jours et nuits, la silhouette fugitive reste hors de portée, trop loin pour être rattrapée, assez près pour être vue. Si Pavel se prend au fil des jours de compassion pour cet évadé si libre, ses supérieurs décèlent les enjeux de cette longue marche : s'ils perdent sa trace, ils perdent toute crédibilité auprès de leurs grands supérieurs. Car la hiérarchie s'est nichée jusque dans la taïga : la guerre froide et tous les enjeux politiques se joueront sur la neige ; grâce à cette peur fébrile d'une autorité supérieure absolue, grâce aux médailles et grâce aux fusils, seuls rescapés de leur autorité, la traque continue sans relâche. La guerre froide se cristallise dans cette marche à travers l'immensité. Au fil des pas, au fil des nuits et des dangers, et au contact d'une nature si dénudée, Pavel se laisse aller à une profonde intériorité, dévoilant à la lumière de son esprit ce que depuis toujours il s'obstine à se cacher. Au fond, qui traque-t-on véritablement ? 

"A la chute du jour, en dévorant la chair grillée sur les braises, je pris conscience de n'avoir jamais pensé avec un tel chagrin et une telle reconnaissance, à une parcelle de vivant qui m'épargnait la mort. En vérité, jamais je ne m'étais senti aussi uni à cette vie dite sauvage et à laquelle à présent j'appartenais..."

Les jours et les nuits se succédent et, si le fugitif reste toujours hors de portée, la traque pour Pavel tend de plus en plus vers une poursuite : celle d'un idéal personnifié, réel, et  même humain. Ce crâne rasé qui toujours leur échappe, mais persiste à demeurer sous leurs yeux, devient pour Pavel l'image d'une liberté immense, jusqu'alors jamais réfléchie, loin de tous ces combats intérieurs dont il croyait ne jamais parvenir à se débarrasser : il suffirait donc de simplement "vivre". Sans autre ultime ambition. Et cette extrême simplicité de l'existence existe, elle a un corps, celui de cette silhouette.

"A cet instant de ma jeunesse, le verbe vivre a changé de sens. [...] Pour toutes les autres manières d'apparaître ici-bas, « exister » allait me suffire."

Claudine Doury

Russia, 1999 The People of Siberia © Claudine Doury

Andreï Makine parvient, au détour de phrases minutieusement précises, d'une nature aussi douce que féroce confrontée aux enjeux humains et de personnages que la traque révèlera au fil des aventures, à mêler conte philosophique, critique politique et quête spirituelle. La richesse de l'écriture égale celle des personnages, l'orchestre des récits qui se succèdent confèrent au roman un rythme haletant. L'auteur fait montre d'un amour inconditionnel pour cet Extrême-Orient où il a vécu, faisait naître sous ses mots des images de silence et d'immensité, où le/la lecteur-ice pourrait toucher l'humanité du doigt : roman charnel à travers la fatigue des corps, la marche, la mort, la soif, le désir, les tiraillements, les contours d'une nature avec laquelle on fait connaissance, mais aussi roman spirituel dans cette quête d'idéal, dans cette manière de nous tirer du côté de la vraie vie, celle qu'on vit. Celle qu'on vit, sans adjectif derrière le verbe. 

"Se couper de la société, s'enfermer au milieu des glaces, sur un îlot entouré d'un océan en furie ! Refuser l'excitant spectacle de la vie, son pathos, ses rivalités ! J'avais alors âge où la multiplicité éblouit et la variété des postures intoxique. Où changer de rôle donne l'illusion de la liberté. Où dupliquer sa personne en mille relations est perçu comme une richesse d'existence."

A lire la tête à l'endroit ou à l'envers, au soleil ou près d'un feu, à vingt ans ou à soixante-douze.

Andreï MAKINE, L'Archipel d'une autre vie (2016) - Seuil
Prix littéraire Les lauriers verts
288 pages

un funambule | Alexandre SEURAT (2018)

L'image de Solenne revint, il s'abîma en elle, s'abandonnant à elle, oubliant tout, s'émancipant en tout, échappant grâce à elle à tout ce qui le retenait encore. Puis le visage de Solenne disparut à nouveau - ou était-ce lui qui s'était dérobé ? Son père avait dit, Bon, puis, Allons-y. Alors il se sentit à nouveau chanceler: ses mains étaient poisseuses, il avait l'impression qu'elles ne seraient jamais propres, une sueur lui collait aux tempes, au dos. Il dit à son père, J'arrive, s'excusa, c'était urgent, puis il se déroba dans le couloir. Il eut juste le temps d'entendre derrière lui la voix de son père : Le plus rapide serait le mieux. Les toilettes : la lumière crue sur les murs jaunes, sa respiration haletante, son visage avait encore perdu de sa couleur. Comme une pâte qui s'allonge, se détache, s'englue à autre chose. Était-ce lui, cette peur ?

un funambule

Un homme regarde la mer. Il pense à Solenne qui l'a quitté, au quad qui semble lui foncer dessus. Il s'est retiré dans la maison de vacances de ses parents, il n'arrive plus à écrire, il n'arrive plus à bouger sans cette douleur qui se niche dans tous les creux de son corps. Pris au piège par ses pensées.
Cet homme regarde sa mère, aussi. Ils s'aiment, bien qu'inaptes à se comprendre, se parler, ou même se côtoyer. 
Les phrases sont courtes puis longues, en apnée puis en hyperventilation, et ce avec le parfait dosage : une écriture qui se place hors du temps, faite de points, de virgules, d'appartés si poétiques, de "et puis" et de "ensuite", de flou et de chutes en arrières, de bourdonnement dans les oreilles et de lumière trop vive. La distance d'avec le narrateur, dont on ne connaît que les maux, mais pas le prénom, est appuyée par le discours rapporté, qui laisse entendre seulement l'écho aux lecteurs et lectrices. 
C'est un roman-poésie, à lire comme un long poème, doux par les mots et piquant par ce qui s'y cache. Un délire, une folie, un pas en dehors de la vraie vie. 

Un funambule, s'il s'apprête à marcher sur son fil, doit basculer le poids de son corps du pied qui est sur le rebord au-dessus du vide, et il ne peut le faire qu'en ayant une confiance absolue dans le vide. Il ferme les yeux, il se concentre, prend sa respiration, et tout à coup peut-être, il sent l'appel du fil, et il avance : il marche, et tout est simple, peut-être, tout est lumineux. Peut-être.

Alexandre SEURAT, un funambule (2018)
Éditions du Rouergue
12€

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Point cardinal | Léonor de RÉCONDO (2017)

"Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille méticuleusement, tristement. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, volait quelques instants de joie et dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable. Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture et dissimulé dans le coffre la mallette contenant ses habits de fête. Il s’apprête à retrouver femme et enfants pour le dîner."

Point cardinal

Laurent est le père de deux enfants, le mari de Solange, le fils de ses parents, le salarié de son patron. Et parfois, Laurent est aussi Mathilda. Pour quelques heures, au secret de tous, au lieu de se rendre à la salle de sport, il se glisse dans la peau de ce qu’il est vraiment : une femme.

On le savait déjà, Léonor de Récondo est une magicienne des mots, une presdigitateur des instants. Celle qui arrive à nous faire tendre l'oreille quand il fait nuit, à regarder ce qui est silencieux, à nous pencher sur ce qui est minuscule : Point cardinal nous parle de transformation, d'écoute, d'identité, de couple, d'amour aussi. Tout cela, au moyen d'une écriture simple, sans fioritures, sans jamais de pathos, seulement avec les mots justes de ceux/celles qui aiment raconter des histoires. 

C'est un roman presque cinématographique : des pensées beaucoup, des gestes beaucoup, avec une profondeur sensible. Car Léonor de Récondo ne livre pas seulement le chemin d'un homme qui sent qu'il doit devenir femme ; elle nous livre celui de sa femme, Solange, bousculée dans son idée du couple, celui de son fils, qui ne veut pas comprendre. Et peu à peu, Laurent devient Lauren. L'autrice ne fait qu'accompagner, piocher les mots justes, les aligner, en faire des phrases, nous les offrir.
"Si je ne me suis jamais senti homme, je me suis toujours senti père."
En 224 pages, Léonor de Récondo réussit à poser les bonnes questions, à nous proposer un plongeon dans ce corps à l'intérieur duquel les pensées se cognent, à mettre des mots justes là où il faut et à ne pas en mettre là où le silence est plus vertigineux.

"Combien de temps faut-il pour être soi-même ? Et je voudrais demander cela à tous ceux qui n'ont pas à changer de sexe. Combien d'années, de décennies, pour être en adéquation ? Adéquation de corps, adéquation de rêves, adéquation de pensées, avec ce que nous sommes profondément, cette matière brute dont il reste quelques traces avant qu'elle ne soit façonnée, lissée, rapiécée par la société, les autres et leurs regards, nos illusions et nos blessures."

Léonor de RÉCONDO, Point cardinal (2017)
Éditions Sabine Wespieser, 224 pages, 20€

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Petit pays | Gaël FAYE (2016)

Petit pays, GF

C'est l'histoire de ? Comment commencer. C'est l'Histoire ?
Gaël Faye éclabousse les bas-côtés avec sa poésie, déposant le lecteur aux côtés de Gabriel, enfant devenu adulte mais qui a toujours voulu s'accrocher à ce qu'il lui restait de naïveté pour ne pas voir les morts, le danger, l'horreur, la souffrance, la sauvagerie, la honte. La guerre. 
Premier roman, Petit pays raconte comment l'enfance de Gabriel fut écourtée par l'Histoire. Né au Burundi d'un père français et d'une mère rwandaise, garçon tendre et joueur, Gabriel raconte les bêtises, les copains, l'école, le divorce, mais il raconte aussi l'assassinat du premier président élu par le vote, le génocide rwandais, les guerres ethniques. 
Le récit de Gabriel se découpe ainsi en deux : le bonheur, puis sa dislocation, morceau par morceau. La paix et l'enfance, puis la guerre et le génocide. Or, ce n'est pas un roman qui veut dire la guerre, au contraire : c'est un roman qui farfouille dans ses souvenirs pour raconter les beaux instants. Le narrateur nous livre la confusion d'un enfant qui veut continuer à jouer, à lire et à rêver ; il nous dit ce qu'un enfant peut comprendre de la politique, de la sauvagerie, de la différence entre les Hutus et les Tutsis. C'est-à-dire pas grand chose.
Avec des mots si éblouissants et une poésie si fine, je ne peux que dire que j'ai aimé. Petit pays est un roman simple, court, et ça me plaît. Un roman qui, sans exclure l'horreur le sang les larmes, raconte la guerre par ce qu'elle a de plus doux, c'est-à-dire les souvenirs du bonheur d'avant.

"Chère Laure, 
Le peuple a voté. A la radio, ils ont dit 97.3% de taux de participation. Ca veut dire tout le monde moins les enfants, les malades à l'hôpital, les détenus dans les prisons, les fous dans les asiles, les bandits recherchés par la police, les paresseux restés au lit, les manchots incapables de tenir un bulletin de vote et les étrangers comme mon père, ma mère ou Donatien, qui ont le droit de vivre ici, de travailler ici, mais pas de donner leur avis qui, lui, doit rester là d'où ils viennent. Le nouveau président s'appelle Melchior, comme le roi mage. Certains l'adorent, comme Prothé, notre cuisinier. Il dit que c'est la victoire du peuple. D'autres le détestent, comme Innocent, notre chauffeur, mais je te rassure, c'est parce que c'est un grincheux et un mauvais perdant. 
Je trouve que le nouveau président a l'air sérieux, il se tient bien, ne met pas les coudes sur la table, ne coupe pas la parole. Il porte une cravate unie, une chemise bien repassée et il a des formules de politesse dans ses phrases. Il est présentable et propre. C'est important ! Car ensuite on devra accrocher son portrait dans tout le pays pour ne pas oublier qu'il existe. Ce serait enquiquinant d'avoir un président négligé sur lui ou qui louche sur la photo dans les ministères, les aéroports, les ambassades, les compagnies d'assurances, les commissariats, les hôtels, les hôpitaux, les cabarets, les maternités, les casernes, les restaurants, les salons de coiffure et les orphelinats. 
D'ailleurs, je me demande bien où on a mis les portraits de l'ancien président ? Les a-t-on jetés ? Mais peut-être qu'il existe un endroit où on les garde au cas où il déciderait de revenir un jour ? 
C'est la première fois qu'on a un président qui n'est pas militaire. Je pense qu'il aura moins mal à la tête que ses prédécesseurs. Les présidents militaires ont toujours des migraines. C'est comme s'ils avaient deux cerveaux. Ils ne savent jamais s'ils doivent faire la paix ou la guerre."

 

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