Je n'ai pas l'habitude de lire des romans de science-fiction. 
Et là, vraiment...

Dans un monde où souffle un vent puissant, imprévisible et presque divin, vingt-deux hordiers sont debout, solidement soudés, et traversent leur monde à contre-sens dans l'ultime but d'enfin trouver l'origine du Vent. Depuis l'enfance, ils sont destinés à trouver l'Extrême-Amont. Depuis l'enfance, ils sont voués à passer leurs vies à avancer en bloc, à s'accrocher à leur quête, à tenir son rôle de scribe pour Sov, de géomaître pour Talweg, d'aéromaître pour Oroshi, de feuleuse pour Callirhoé. Ils sont vingt-deux, ils sont aussi la 34e horde à partir. Les autres hordes sont mortes, ont renoncé, ont disparu.

La Horde du Contrevent" ) "Il était une fois..." entama Caracole, et imperceptiblement, les visages éparpillés s'allumèrent sur le pourtour du cercle. [...]- Il était une fois un pays de vaste étendue où rien ne tenait plus en place. Un vent féroce y soufflait tout le jour et la nuit, entêtant et unique, de l'est vers l'ouest, faiblissant certains soirs, mais ne cessant jamais. Les collines y étaient pousées dans le dos, les rochers dérivaient lentement, même le soleil avait du mal à s'arrimer au ciel. Une terre où le linge séchait vite, croyez-moi, avec des villages pourtant, dans tous les creux épargnés et des hélices qui tournaient à l'arrière des maisons. Sur cette terre vivaient trois tribus : la plus frivole faisait de la voile, la plus grande s'abrittait dans des villages enclos et la plus stupide tentait, très fièrement, de remonter le vent jusqu'à sa source...
[...]
- Personne d'un peu sensé dans ce pays ne donnait la moindre chance à cette poignée de loqueuteux qui s'autobaptisait "horde", labouraient le sable et qui prétendaient qu'au bout de leur quête, quelque chose comme le bonheur serait donné à tous ! Parce que, disaient-ils, atteindre la source du vent, c'était pouvoir en maîtriser l'écoulement."

Je ne saurais pas dire ce que j'ai le plus aimé. Entre l'écriture, d'une extraordinaire poésie, les personnages si entiers, l'histoire, qui jamais ne s'essoufle et que l'on voudrait croire, ou bien ce discours qu'est le roman sur l'amitié, la quête, sur le courage ou sur ce qui nous agite de l'intérieur et nous pousse à continuer à vivre, franchement, je tire mon chapeau.
J'ai aimé connaître chaque personnage intimement par l'alternance des narrateurs. J'ai eu envie d'amitié ! 

"Qu'importe où nous allons, honnêtement. Je ne le cache pas. De moins en moins. Qu'importe ce qu'il y a au bout. Ce qui vaut, ce qui restera n'est pas le nombre de cols de haute altitude que nous passerons vivants. N'est pas l'emplacement où nous finirons par planter notre oriflamme, au milieu d'un champ de neige ou au sommet d'un dernier pic dont on ne pourra plus jamais redescendre. N'est plus de savoir combien de kilomètres en amont du drapeau de nos parents nous nous écroulerons ! Je m'en fiche ! Ce qui restera est une certaine qualité d'amitié, architecturée par l'estime. Et brodée des quelques rires, des quelques éclats de courage ou de génie qu'on aura su s'offrir les uns aux autres. Pour tout ça, les filles et les gars, je vous dis merci. Merci."

La Horde du Contrevent, d'Alain DAMASIO (2004)
Éditins Folio SF, 700 pages